Le vrai-faux courrier des lecteurs – 2 –

Je ne sais pas vous, mais souvent, on se met inutilement la pression, on place la barre haute s’inventant d’inutiles défis.  « Mais comment se raisonner ? » me demande  Carole dans son courrier où, pour illuster son propos, elle me fait part du cas de sa soeur Catherine. Le fait troublant est que j’avais moi-même été mêlée à cette aventure, appelée en urgence vendredi soir. Je vous rappelle à cette occasion, que les appels à mon cabinet sont automatiquement reroutés vers mon portable personnel après 6 sonneries, vous permettant ainsi de me joindre à toute heure. C’est ainsi que j’ai pu intervenir et rassurer Catherine, en proie à une véritable crise de nerfs, son mari Richard ayant composé mon numéro et réussi à convaincre son épouse de prendre mon appel.

Je connaissais Catherine de vue, et la sachant femme sensée, calme et équilibrée, je compris aussitôt qu’elle devait traverser un moment particulièrement difficile. Cette malheureuse parvenait d’ailleurs difficilement à s’exprimer. Entre deux sanglots, elle me fit part de la catastrophe qui venait de se produire, son mari impuissant ayant été incapable de me brosser un tableau précis de la situation.  Je n’entrerai pas ici dans le détail de notre entretien, sur les phrases de désespoir qui émaillaient son discours, sur l’angoisse palpable que dégageait le ton de sa voix et sur le trouble émotif qui menaçait sa santé mentale. Je pouvais sentir cette femme profondément atteinte, elle haletait, essayait vainement de reprendre son souffle, de redonner un semblant de cohérence à ses pensées. Entre ses bribes de mots, interrompues de gémissements et de larmes, je compris ce qui s’était produit lors de ce dîner de copains, organisé dans le cadre du «Bree Van de Kamp Trophée », compétition absurde lancée par des maris moqueurs, goumands et complices. L’entrée avait remporté un franc succès et le plat principal provoqué des commentaires élogieux voire même ditirambiques de Christian, malgré les regards courroucés que lui jetait France, son épouse, également prétendante au titre convoité. Et, au moment précis où Richard s’était exclamé « et encore, vous n’avez rien vu ! … son point fort , c’est vraiment le sucré », Catherine s’ébouillanta la main avec le caramel, laissant du même coup échapper le plat du gâteau trois étages qu’elle avait intitulé «  Mousse de poire aux trois chocolats façon tiramisu et son caramel à la fleur de sel et cardamome ». Le cri qu’elle poussa n’avait plus rien d’humain, me relata Richard.

Tous accourûrent dans la cuisine. Catherine eût juste le temps d’entrevoir le sourire narquois et triomphant éclairer les visages de France et de Julie, avant de s’effondrer sur le carrelage souillé de la cuisine, le corps agité de spasmes nerveux, son chignon défait balayant miettes de chocolat et de poire dans un balancement histérique.

Voilà, Chères lectrices, à quelle réaction disproportionnée, à quelle remise en cause profonde de votre estime de soi, peut amener un stress que l’on s’est soi-même imposé. Croyez-moi Catherine, ne nous prêtons plus à ces compétitions peu gratifiantes qui ne nous amènent finalement qu’à douter de nous et de notre propre valeur : un rendez-vous « gommage-massage-mise en beauté » avant de passer chez cet excellent pâtissier «H…é» et de présenter le dessert avec un petit sourire charmant « c’est moi qui l’ai fait »,  aurait tout autant, si ce n’est d’avantage, séduit vitre Richard de mari ! Et puis, ceci tout à fait entre nous, Catherine devrait savoir qu’écraser, par inadvertance bien sûr, les restes du gateau saccagé sur les escarpins Louboutin velours noir de France, l’aurait immédiatement apaisée …. mais, que voulez-vous, le bon sens n’est pas la chose la mieux partagée …