Le vrai-faux courrier des lecteurs – 1 –

Pour inaugurer notre nouvelle rubrique « Le vrai-faux courrier des lecteurs », j’ai pioché dans les multiples lettres reçues dernièrement et choisi cette semaine celle de Mathilde, qui m’a particulièrement émue.

Ah, je ne sais pas vous, mais je trouve que parfois, il peut nous arriver de prendre les choses trop à cœur, de réagir de manière disproportionnée. Enfin, je vous laisse juges … lisez plutôt sa lettre … ou tout au moins, l’extrait le plus significatif.

« Déjà 10 jours, et le tourment s’apaise à peine … Bien sûr, avec le temps, le choc s’atténue, les larmes se tarrissent, les bouffées d’indignation se font plus rares … mais le ressentiment ne me lâche pas, revient par vagues au cours de la journée, d’autant plus puissant et dévastateur que mon impuissance face à l’événement est totale. Pourtant, ne croyez pas que je sois restée inactive, bras ballants, assomée par l’énormité de l’acte … j’ai téléphoné, écrit, questionné, me suis informée sur les recours possibles, mais ma révolte a été vaine, le couperet est tombé, l’irréparable a été commis. Et ma rancune est d’autant plus tenace que je ne suis pas directement visée, puisque la victime n’est autre que mon fils Quentin, tellement doué, intelligent, brillant, Parfois même, la colère cède le pas à l’inquiétude … je me demande s’il ne va pas être découragé, humilié, traumatisé. Par la fenêtre de la cuisine, je le regarde lancer inlassablement son ballon vers le filet du poteau de basket … tout a l’air normal… mais je sais, j’ai lu sur le forum de « Parents-Psy» que parfois, le calme n’est qu’apparent, que ce type de souffrance peut laisser des traces, se tapir au plus profond de lui et ressortir plusieurs années plus tard sous différentes formes, addiction, violence, dépression … Les larmes me viennent naturellement aux yeux. Tout allait si bien, pourquoi est-ce tombé sur lui, un enfant qui promettait tant, qui, au départ avait pourtant tout pour réussir. L’injustice est trop grande. A moins que ce ne soit moi qu’on ait tenté d’atteindre par son intermédiaire ? Mais pourquoi moi, toujours serviable, attentive aux progrès de mon fils, impliquée dans la vie associative ?  Non, je ne méritais pas ça, Quentin ne méritait pas ça. Et d’abord,  qui était dans le jury, pourquoi les délibérations n’étaient elles pas publiques ? J’ai lu son texte, sensible, expressif, chaque mot exactement choisi … et voilà, 8,5 sur 10 et la neuvième place au concours de poésie de tous les CM2 , l’infâmie … » 

Chère Mathilde, votre histoire illustre parfaitement comment il est parfois difficile de réagir au bon niveau face à un événement quand une trop grande émotion vient occulter notre raison … et vous réalisez, Chères lectrices, que vous aussi, êtes capables de tomber dans ce piège. Une seule réponse, une seule riposte possible : agir vite pour empêcher le poison de se propager et d’envenimer les choses. Ainsi, aller crever les pneus de la Fiat 500 de la maîtresse, et par la même occasion ceux de la bicyclette de l’indigne lauréat, aurait soulagé et apaisé très vite les indignations et angoisses insomniaques de Mathilde. Et puis, ceci tout à fait entre nous, elle devrait aussi savoir que les basketteurs font rarement de bons poètes …. mais, que voulez-vous, le bon sens n’est pas la chose la mieux partagée …

Une réflexion au sujet de « Le vrai-faux courrier des lecteurs – 1 – »

  1. Et dire que je m’attendais à tomber sur un courrier directement venu de Sao Paulo !!
    J’aimerais bien connaître vos sources d’inspiration….. Elle sent un peu le vécu, cette lettre! Vous croyez que c’est encore possible , la crevaison, après 3 mois….?

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