Petits meurtres en cuisine

Que fait un article sur la littérature policière dans la rubrique cuisine ?

Etrange … A priori, on a plutôt en tête, l’image d’un détective en planque dans sa voiture, déballant de son papier gras un hamburger refroidi ou un sandwich mou jambon-beurre … et encore ! … en 7 saisons de « 24 heures » je ne me rappelle pas avoir vu Jack Bauer siroter un café ou engouffrer un pancake …

Et bien il va falloir réviser vos classiques … moi je vous le dis, cuisine et romans policiers font bon ménage. Et je ne vous parle pas d’Hannibal Lecter qui saupoudre de miettes de brioche et de lamelles de truffe, ses filets de cervelle … humaine. Non, on parle de vraie cuisine … et c’est vrai que nos héros, flics ou voyous, se retrouvent souvent autour du zinc des comptoirs, que les policiers établissent leur QG dans les bistrots, et que les malfrats ont une prédilection à se reconvertir en patron de bar ou de restaurant.

Pour commencer, connaissez-vous Anne Martinetti, éditrice de romans policiers, qui a, elle-même, écrit plusieurs livres de recettes à partir de plats évoqués dans les célèbres énigmes : ainsi, « Crèmes et châtiments », dédié à Agatha Christie, chez laquelle le plus délicieux pudding pouvait devenir une redoutable arme du crime. Les ingrédients sont respectés … l’arsenic en moins. Citons aussi « Alimentaire, mon cher Watson » ou « La sauce était presque parfaite », où vous pourrez découvrir la recette hitchcockienne du veau au parmesan (Complot de famille) ou de la quiche lorraine (La main au collet).

Les romans noirs écrits par des auteurs du Sud ont aussi une longue tradition gastronomique. Ne citons que Manuel Vazquez Montalban, et son détective Pépé Carvalho, grand cuisinier, fin gourmet et guide des restaurants barcelonais (« Recettes immorales », à tester en confiance) et de l‘autre côté, le sicilien Andrea Camilleri, père de l’inspecteur Montalbano que la vue d’un frigo vide peut faire basculer dans une sévère dépression.

Et puis, il y Patricia Cornwell, ma préférée. Dans toutes ses enquêtes, au-delà de l’atmosphère glaciale, lugubre et morbide de la morgue (Kay Scarpetta, son héroïne est médecin légiste) flottent l’odeur rassurante de la sauce tomate qui doucement mijote dans sa cocotte en fonte, celle du fumet de la soupe à l’oignon qui gratine au four, ou encore l’arôme du gratin de lasagne aux artichauts qui envahit la cuisine … et les pages du livre. La romancière aime cuisiner et fait partager cette passion à tous ses personnages …  et à ses lecteurs dans son livre « Crimes et délices » où les recettes sont resituées dans le contexte des romans. La cuisine, sous forte influence italienne » est riche, généreuse, les recettes très détaillées … parfois un peu longues à réaliser et pas vraiment conçues pour appétits d’oiseau .. et pourtant Kay semble si mince dans les romans … mais comment fait-elle ?

Je vous donne sa recette de sauce pour salade césar (salade romaine, poulet grillé, parmesan):

–       un œuf cuit pendant 1mn dans le l’eau bouillante et écalé
–       1 càs de moutarde forte
–       2 filets d’anchois égouttés (moi, j’en mets pas, je déteste les anchois…mais c’est personnel..)
–       2 gousses d’ail pelées et émincées
–       15 cl d’huile d’olive
–       6 cl de jus de citron
–       1 càs de vinaigre de vin blanc
–       sel et poivre

On commence par battre ensemble œuf et moutarde, puis anchois et ail. Continuez à battre et ajoutez l’huile. Quand elle est complètement incorporée, mettre citron et vinaigre et fouettant énergiquement jusqu’à ce que la sauce devienne épaisse et homogène. Gouttez, salez, poivrez.

Ou bien, vous mettez tout ensemble dans un mixer …ça marche aussi très bien !

Je vous donnerai bien aussi la recette des cookies de Lucy (Lucy, c’est la nièce très spéciale de Kay qui, .. j’arrête, ça nous entrainerait trop loin…) mais Madame Weight Watcher va en défaillir. Si ? Vous la voulez quand même ? Alors :

Pour 4 douzaines de cookies (ah quand même) :

–       250 gr de beurre ramolli
–       180 gr de sucre roux
–       150 gr de sucre blanc …. ça commence très fort..
–       2 gros œufs
–       1 càs d’extrait de vanille
–       350 gr de farine ordinaire
–       150 gr de flocons d’avoine
–       1 càc de levure chimique
–       ½ càc de sel
–       180 gr de pépites de chocolat noir
–       au choix : 150 gr de pépites de chocolat blanc, de beurre de cacahuète, ou de caramel mou
–       150 gr de mélange de 4 sortes de noix hachées (pécan, cacahuète, macadémia, cerneaux … ) … vous étiez prévenues …

Dans un plat : beurre ramolli et sucre. Battez au mixer électrique à vitesse lente pour obtenir un mélange homogène. Puis ajoutez œufs et vanille ;

Dans un autre plat : farine, flocons d’avoine , levure, sel … Mélangez, puis incorporez au mélange précédent.

Ajoutez les pépites de chocolat, votre ingrédient au choix et le mix de noix. Mélangez.

Sur une tôle à pâtisserie beurrée (ou tapis silicone, ou feuille cuisson) faites des petits tas à l’aide d’une càs. Faites cuire 9 à 11 mn dans un four préchauffé à 190°. Sortez-les, laissez les reposer 1 mn avant de les décoller pour les faire refroidir sur une grille .. et dégustez …

On ne peut finir cet article sans évoquer le célèbre « coup de gigot » de Rohald Dahl (plus connu pour ses livres pour enfants) dont il existe d’ailleurs une version hitchcockienne de l’histoire. En quelques mots, une femme assassine son mari (sans doute avait-elle de très bonnes raisons, parfois, on peut comprendre … ) d’un coup de gigot congelé. Elle fait ensuite cuire le dit gigot, dresse une jolie table, se fait belle et, en guise d’alibi, sort chez le pâtissier acheter un dessert pour clôturer ce repas de fête. En rentrant chez elle, elle appelle la police en disant qu’elle vient de trouver son mari mort, simule effroi et larmes,  et parvient à convaincre les policiers de déguster le gigot… enfin, l’arme du crime. Magistral non ?

Mais il n’y a pas que dans les romans policiers où on parle de plats mijotés, et souvent les odeurs de cuisine se mêlent aux histoires de famille, ou bien restent à jamais le symbole de nos héroïnes préférées … Ah les muffins de Bree Van de Kemp dans leur joli panier (Desperate housewives) … dans un prochain article alors ?

Une réflexion au sujet de « Petits meurtres en cuisine »

  1. Toutes ces références me font penser à 2 autres bouquins (pas du tout dans le registre du policier), qui ont tous les deux comme particularité d’emprunter le nom d’une épice ou d’une recette en guise de chapitre ( les kadin budu köfte, dindon aux amandes et au sésame….). Il s’agit de « la Bâtarde d’Istanbul », d’Elif Shafak, et de « Chocolat amer », de Laura Esquivel, auteur espagnole . J’ai dévoré ces 2 romans, et donc vous les conseille vivement. Nous y sommes plongés dans un univers de femmes, de secrets, de passion, voire de magie, comme souvent dans les cuisines….! En plus tous 2 super bien écrits, avec femmes éprises de liberté et de modernité…. 2 bouquins qui ont du peps!
    D’ailleurs, si vous voulez vous mettre à la cuisine mexicaine, sachez que Laura Esquivel nous livre même les recettes des plats qu’elle site en chapitre!!

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